Alex Kovalev a quitté Ottawa en claquant la porte. Les fans ont crié “bon débarras!” Et maintenant, on se tourne vers le reste de l’équipe, désormais libre de ce boulet qui les ralentissait. Pas vrai?
Faux.
On attend de voir qui sera le prochain bouc-émissaire des fans des Sénateurs. Parce que semble-t-il que peu importent les performances de l’équipe, s’il y a une chose que les fans d’Ottawa aiment faire, c’est bien se plaindre des contre-performances de leurs “favoris”.
C’est peut-être parce qu’Ottawa est une ville de fonctionnaires, où les gens ont peu de raisons de se plaindre (les cyniques diront “plate”. Je ne suis pas ici pour les contredire). Peut-être est-ce parce qu’ils n’ont pas été chanceux, qu’ils se sont fait avoir par des vedettes par le passé. Peut-être est-ce autre chose. Mais c’est la grande constante des fans à la Place Banque Scotia: bon sang qu’on aime chialer.
Le premier bouc-émissaire était, bien entendu, Alexeï Yashin(e). Avec toutes ses manières, juste au moment où l’équipe commençait à sortir de son adolescence, le centre a permis à toute une générations de gérants d’estrade d’apprendre le sens du mot “énigmatique”.
On dirait que depuis ce temps-là, à Ottawa, on ne cesse de chercher quelqu’un qui ne répond pas aux attentes. Alexandre Daigle. Jason Spezza. Patrick Lalime. Jason Spezza. Ray Emery. Wade Redden. Dany Heatley. Jason Spezza. Alex Kovalev. Jason Spezza et bientôt Jason Spezza.
C’est drôle, mais ce sont souvent les joueurs qui ont le potentiel d’être spectaculaires qui se retrouve dans le collimateur de ces partisans amers. Les plombiers, ceux qui travaillent fort et qui vont dans les coins, sont à l’abris, eux.
C’est pourquoi j’ai bien peur que le prochain joueur de cette liste sera Nikita Filatov. Peur, je dis bien, non pas parce que je suis partisan des Sénateurs (je ne le suis pas, de toute façon), mais parce que comme fan de hockey (ça je le suis), on pourrait nous priver de jeux spectaculaires que Filatov serait bien en mesure de faire.
J’étais de ceux qui ont cru qu’Ottawa a frappé un grand coup, pour ne pas dire un vol, en cédant un simple choix de troisième ronde pour un joueur qui devrait occuper une place dans le Top 6. Les commentaires de Columbus, notamment, soulèvent des questions. RJ Umberger a félicité son patron Scott Howson d’avoir obtenu ce choix de repêchage. On devine le genre d’estime qu’il pouvait avoir du jeune attaquant russe.
Ce dont j’ai peur, donc, c’est que Filatov devienne le prochain Alex Kovalev. Que s’il ne livre pas la marchandise très tôt, ses patrons s’impatientent et lui donnent moins de temps de glace, et qu’à son tour, il perde intérêt.
Tout n’est pas perdu. Paul MacLean (dit The Paulrus) semble être le genre d’entraîneur qui prend le temps de communiquer avec ses joueurs. C’était exactement le plus grand reproche qu’Alex Kovalev a fait à Cory Clouston.
J’ai confiance, peut-être un peu aveuglément, que le nouveau régime à Ottawa va donner une chance à Filatov de s’exprimer convenablement. Ce dont j’ai un peu plus peur, c’est que les partisans n’apprécient pas son talent à sa juste valeur. Mais ça… Allez essayer de leur faire comprendre, pour voir…
«Victoire!» disent les observateurs qui ont vu la sanction imposée à Matt Cooke il y a quelques minutes.
Après Chara-gate, la semaine passée, finalement, la LNH décide d’imposer une vraie sanction à un joueur qui porte un coup à la tête.
Est-ce si simple que ça? Peut-être. Mais je pense que non.
Matt Cooke s’est sorti blanc comme neige d’un incident aux circonstances semblables, et au dénouement bien plus dramatique qu’il ne semble être le cas ici. Je parle de son coup d’épaule à la tête de Marc Savard, qui, semble-t-il, a mis sa carrière en danger. Évidemment, on ne le saura vraiment que dans 10, 20 ans peut-être.
Ryan McDonagh, le joueur qui a reçu le coup de coude de Cooke dimanche, pourra continuer sa saison recrue avec les Rangers de New York sans problème. Il a manqué l’entraînement ce matin, mais par mesure préventive seulement. Pas de quoi s’affoler.
Voici le coup en question, avant d’aller plus loin.
Matt Cooke est une peste. Un joueur qui, au dire de certains joueurs, ne respecte personne, et ne reçoit donc pas de respect de ses pairs.
Mais ce que les gens semblent oublier bien vite, c’est que c’est tout à fait contre nature pour la LNH d’imposer une sanction aussi sévère, d’autant plus lorsque le joueur touché a l’air de s’en tirer sans trop de peine. Encore une fois, la réponse dans quelques années.
La semaine passée, tout le monde, y compris les politiciens provinciaux, montaient sur leurs grands chevaux pour dire que le coup de Zdeno Chara porté à Max Pacioretty était barbare. Symbole de la panique totale: Air Canada qui menace de retirer sa commandite de la LNH.
La suspension à Matt Cooke, c’est comme si la LNH dit «d’accord, on a raté notre coup avec Chara, mais cette fois-ci, on va vous montrer qu’on n’en veut plus, des coups à la tête!» Parce qu’en vrai, le geste comme tel n’était pas si grave que ça. On a vu pire cette saison. Mais l’effet est réussi, d’autant plus que l’incident Chara est encore tout frais dans la mémoire de tous — notamment des médias.
Je ne dis pas que la Ligue n’a pas raison d’agir comme elle vient de le faire. On peut se permettre de croire qu’elle fait la bonne chose quand même le DG des Penguins, le patron de Matt Cooke, est d’accord avec la suspension accordée.
(D’ailleurs, la suspension fait penser à celle que Todd Bertuzzi — coéquipier de Cooke avec les Canucks à l’époque, tiens— avait reçu. Les conditions sont différentes, avec le lock-out qui a effectivement fait oublier que Bertuzzi était suspendu indéfiniment pour son coup à l’endroit de Steve Moore en mars 2004. Il s’agissait d’un joueur bien plus important à son équipe. Des circonstance différentes, certes, mais il y a un parallèle à faire.)
Dans tout ça, la suspension nous porte à croire qu’il y a une vraie volonté de faire de Matt Cooke un exemple, mais ce message est perdu. La LNH veut faire comprendre qu’elle est sérieuse au sujet des coups à la tête. En pensant à Chara-gate, puis à Cooke-gate, je me dis que la Ligue et son comité de discipline passent surtout pour des girouettes, qui semblent se laisser influencer par l’opinion publique. Ce n’est peut-être pas le cas, mais c’est l’impression que j’en ai.
La Ligue a peut-être pris la bonne décision. Mais elle est si maladroite, en voulant faire comprendre que ce changement de philosophie, de culture, est bien réel, qu’il me semble carrément contre-nature.
Tristement, la seule façon de voir si cette culture change vraiment, c’est d’observer comment elle réagira la prochaine fois qu’un joueur se retrouvera dans une situation comme celle-ci.
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Avant de commencer à penser à voix haute, je voudrais mettre une chose au clair. Je sais que je ne représente pas nécessairement la majorité. Je travaille dans un journal, et je termine des études en communication. Je crois que je consomme davantage de contenu médiatique, surtout imprimé, que la majorité.
Mais la formule que le New York Times a présenté hier me séduit complètement, même si ça semble être tout le contraire pour beaucoup d’autres observateurs sur les interwebs. Je pense sérieusement qu’on parlera de cette journée dans les cours de journalisme d’ici quelques années.
En gros, les premiers 20 articles consultés sur internet, que ça soit via un ordinateur, un téléphone ou une tablette, sont gratuits. Les articles consultés par des liens sur Facebook, Twitter ou une recherche Google. Tout ce qui vient après est derrière le paywall.
C’était surprenant de voir la réaction de panique généralisée. Certains disaient qu’ils arrêteraient carrément de lire le New York Times.
Une réaction exagérée, si vous voulez mon avis.
La raison est bien simple : qui peut dire honnêtement qu’il lit plus de 20 articles par mois sur le site du New York Times? Pas moi, et je considère que je le visite plus souvent que la moyenne. Le grand public ne perdrait donc pas l’accès gratuit au contenu qu’il consomme habituellement.
Il y en a qui lisent plus de 20 articles, bien entendu. Le pari que le Times prend, c’est que ces gens, reconnaissant la valeur du journal, payeront volontiers le tarif demandé (qui n’est pas exactement exorbitant).
Le New York Times a été l’un des premiers journaux à avoir sauté à bord du wagon Internet, en offrant la totalité de ses articles en ligne, sans demander un sou à ses lecteurs. En voulant gagner l’ultime avantage sur ses compétiteurs, il ouvrait la boîte de Pandore des journaux. Du moins, c’est la façon que je comprends cette histoire.
C’est évident que maintenant, le Times aura beau jeu de modifier les paramètres qu’il s’est donné. Le nombre d’articles gratuits. Le partage sur les réseaux sociaux (quoique je persiste à croire que c’est maintenant devenu un aspect intouchable). Les tarifs. Mais on n’oublie que c’est d’abord et avant tout une entreprise dont il est question. Une entreprise qui est là pour faire de l’argent. De l’argent qu’elle demandait en échange d’un produit offert (de l’information de qualité). Je pense que les dirigeants de ce journal, peut-être le plus influent au monde, a trouvé le moyen de faire passer la pilule payante. Reste à voir si le public l’acceptera, et si ses concurrents vont suivre l’exemple.
À peu près tout le monde qui s’intéresse de près ou de loin aux médias a sa théorie sur ce à quoi ressemblera le journal de l’avenir (si le joural a un avenir). Surtout si on côtoie des gens qui étudient en communication, ou qui travaillent dans le monde du journalisme.
Je n’ai pas encore vu de solution parfaitement convaincante. Dans ce qui retient mon attention, je vois surtout des idées à moitié exploitées.
The Daily est l’une de ces idées. Et je crois qu’elle ne fera pas école, mais plutôt, forcera la concurrence à faire mieux.
Un peu comme dans la rédaction d’un titre. Personnellement, c’est la première chose que j’écris. C’est ce qui dirige un texte. Même si je n’aime pas mon titre, c’est ce qui oriente ma rédaction. Et presqu’à tout coup, après deux ou trois paragraphes, je me rends compte que la ligne tout en haut ne dit pas exactement ce que je veux qu’elle dise, et je le corrige. Mais si ce premier titre n’était pas là, j’aurais passé beaucoup plus de temps à chercher.
Selon moi, c’est exactement ce qui va se passer.
Après plusieurs retards, donc, The Daily, l’aventure journal-tablette de Newscorp et Apple, a été lancée aujourd’hui. Le produit semble être excellent.
C’est tout ce qu’offre un journal papier et tout ce qu’offre le site web d’un journal. Et tout le monde a son compte. D’un côté, le fournisseur est content, puisque son précieux contenu, rédigé par ses journalistes, est protégé par un « paywall » (dans ce cas-ci, l’App Store d’Apple). Finie, donc, la fuite vers le web sans revenus.
De l’autre côté, celui du lecteur/consommateur, c’est un party de contenu. En texte, en photo, en graphiques, en vidéo, en audio, etc. En fait, ça ressemble drôlement à ceci…
Mais avec moins d’ambition. L’application TIME présentée ici est fictive. Chaque édition constituerait un énorme fichier à télécharger à chaque semaine. Personne ne veut se taper une heure de téléchargement (payant, en plus) pour des nouvelles qui apparaissent partout ailleurs (gratuitement, encore pour un bout de temps). Mais c’est là le seul vrai problème que je vois avec un tel format. Si c’est possible d’avoir un contenu d’une telle qualité, avec la même facilité, par exemple, que de télécharger un podcast, j’embarque.
Reste que je crois qu’éventuellement, c’est ce à quoi les journaux ressembleront. Davantage de contenu sous différentes formes, sur une tablette. Le reste (publicité et modalité de paiement, surtout) est encore trop difficile à déterminer.
Nathalie Collard a fait la remarque aujourd’hui que The Daily, c’est comme le New York Post, plutôt que le Wall Street Journal. C’est en plein ça. C’est un simple journal. C’est bien beau, ça fait le travail, mais ça n’est pas ce qui changera le monde des médias. Ce qui le changera, c’est la mort des sites web. Je m’explique.
Analyser l’utilisation des médias est difficile pour quelqu’un qui travaille dans le domaine. Forcément, parce que je n’en fais pas une utilisation « normale ». Je dois consulter, chaque jour, une cinquantaine de sites régulièrement, et peut-être autant que je visite soit par hasard, soit à la recommandation d’un lien.
Tout ça pour dire qu’en regardant The Daily, je me dis qu’il ne va pas assez loin. Il ne répond pas à mon problème, c’est à dire me donner l’information d’une centaine de sources à un seul endroit. Et quand je parle de mon « problème », en fait, plus j’y pense, je parle en fait de celui de beaucoup de gens.
Le but du Daily est de remplacer un journal-journal. Un vrai de vrai, normal. Là, je crois que oui, c’est ce qu’il y a de plus convaincant comme offre de « journal électronique ».
Le problème pour The Daily, c’est qu’il reste des sites web, qui même s’ils ne sont pas payant, font toujours leur travail, malgré tout. Et ce sont eux, le vrai problème.
C’est comme si les médias ont deux problèmes en un. Premièrement, plus personne ne lit les journaux (je schématise), et deuxièmement, les gens trouvent leur information — qui est maintenant meilleure, parce que plus rapide, plus accessible, plus diversifiée, plus tout — en ligne.
The Daily a répondu à la première moitié de cette équation, la plus facile. Restent les sites web.
Ils me donnent encore l’information qui m’intéresse, de la façon qui m’intéresse et par les moyens qui me conviennent.
Le jour où les gens derrière ces sites trouveront le moyen de faire « leur » Daily, c’est-à-dire remplacer leur plateforme actuelle par une plus moderne, là, ce sera vraiment le début d’une nouvelle ère.
Deux petits trucs qui m’accrochent, pour finir.
1. Comment est-ce que les lecteurs sont sensés partager, via l’éternel tandem Facebook/Twitter, les nouvelles d’intérêt, si le journal est payant? Les gens qui ne sont pas abonnés font quoi? Il y aura une partie du contenu disponible gratuitement, dira-t-on. Lequel? Certainement pas le meilleur, parce que dans ce cas-là, pourquoi payer? Le contenu de moindre qualité (ou alors celui d’agences, disons)? Alors quel intérêt à le partager? J’ai l’impression que ça sera les « nouvelles » insolites et les potins. Culture du journalisme de bas étage.
Non seulement ça, mais aussi, j’ai l’impression que les médias sociaux sont pluggés ici de force, sans penser à comment ou pourquoi ils seraient utilisés. Il y aurait sûrement un travail de session à faire dans un cours de communication là-dessus.
2. Je suis seul à trouver que The Daily, ce n’est vraiment pas inspiré comme nom? Je vois comment News Corp voulait un nom simple, élémentaire, un mot commun, mais qui en fait veut dire beaucoup plus. Mais je perçois surtout que c’est un mot banal. Même Daily News aurait été plus fort. Pas que j’y connaisse grand-chose, remarquez.
À peu près tout le monde qui s’intéresse de près ou de loin aux médias a sa théorie sur ce à quoi ressemblera le journal de l’avenir (si le joural a un avenir). Surtout si on côtoie des gens qui étudient en communication, ou qui travaillent dans le monde du journalisme.
Je n’ai pas encore vu de solution parfaitement convaincante. Dans ce qui retient mon attention, je vois surtout des idées à moitié exploitées.
The Daily est l’une de ces idées. Et je crois qu’elle ne fera pas école, mais plutôt, forcera la concurrence à faire mieux.
Un peu comme dans la rédaction d’un titre. Personnellement, c’est la première chose que j’écris. C’est ce qui dirige un texte. Même si je n’aime pas mon titre, c’est ce qui oriente ma rédaction. Et presqu’à tout coup, après deux ou trois paragraphes, je me rends compte que la ligne tout en haut ne dit pas exactement ce que je veux qu’elle dise, et je le corrige. Mais si ce premier titre n’était pas là, j’aurais passé beaucoup plus de temps à chercher.
Selon moi, c’est exactement ce qui va se passer.
Après plusieurs retards, donc, The Daily, l’aventure journal-tablette de Newscorp et Apple, a été lancée aujourd’hui. Le produit semble être excellent.
Il semble être excellent.
C’est tout ce qu’offre un journal papier et tout ce qu’offre le site web d’un journal. Et tout le monde a son compte. D’un côté, le fournisseur est content, puisque son précieux contenu, rédigé par ses journalistes, est protégé par un « paywall » (dans ce cas-ci, l’App Store d’Apple). Finie, donc, la fuite vers le web sans revenus.
De l’autre côté, celui du lecteur/consommateur, c’est un party de contenu. En texte, en photo, en graphiques, en vidéo, en audio, etc. En fait, ça ressemble drôlement à ceci…
Mais avec moins d’ambition. L’application TIME présentée ici est fictive. Chaque édition constituerait un énorme fichier à télécharger à chaque semaine. Personne ne veut se taper une heure de téléchargement (payant, en plus) pour des nouvelles qui apparaissent partout ailleurs (gratuitement, encore pour un bout de temps). Mais c’est là le seul vrai problème que je vois avec un tel format. Si c’est possible d’avoir un contenu d’une telle qualité, avec la même facilité, par exemple, que de télécharger un podcast, j’embarque.
Reste que je crois qu’éventuellement, c’est ce à quoi les journaux ressembleront. Davantage de contenu sous différentes formes, sur une tablette. Le reste (publicité et modalité de paiement, surtout) est encore trop difficile à déterminer.
Natalie Collard a fait la remarque aujourd’hui que The Daily, c’est comme le New York Post, plutôt que le Wall Street Journal. C’est en plein ça. C’est un simple journal. C’est bien beau, ça fait le travail, mais ça n’est pas ce qui changera le monde des médias. Ce qui le changera, c’est la mort des sites web. Je m’explique.
Analyser l’utilisation des médias est difficile pour quelqu’un qui travaille dans le domaine. Forcément, parce que je n’en fais pas une utilisation « normale ». Je dois consulter, chaque jour, une cinquantaine de sites régulièrement, et peut-être autant que je visite soit par hasard, soit à la recommandation d’un lien.
Tout ça pour dire qu’en regardant The Daily, je me dis qu’il ne va pas assez loin. Il ne répond pas à mon problème, c’est à dire me donner l’information d’une centaine de sources à un seul endroit. Et quand je parle de mon « problème », en fait, plus j’y pense, je parle en fait de celui de beaucoup de gens.
Le but du Daily est de remplacer un journal-journal. Un vrai de vrai, normal. Là, je crois que oui, c’est ce qu’il y a de plus convaincant comme offre de « journal électronique ».
Le problème pour The Daily, c’est qu’il reste des sites web, qui même s’ils ne sont pas payant, font toujours leur travail, malgré tout. Et ce sont eux, le vrai problème.
C’est comme si les médias ont deux problèmes en un. Premièrement, plus personne ne lit les journaux (je schématise), et deuxièmement, les gens trouvent leur information — qui est maintenant meilleure, parce que plus rapide, plus accessible, plus diversifiée, plus tout — en ligne.
The Daily a répondu à la première moitié de cette équation, la plus facile. Restent les sites web.
Ils me donnent encore l’information qui m’intéresse, de la façon qui m’intéresse et par les moyens qui me conviennent.
Le jour où les gens derrière ces sites trouveront le moyen de faire « leur » Daily, c’est-à-dire remplacer leur plateforme actuelle par une plus moderne, là, ce sera vraiment le début d’une nouvelle ère.
Deux petits trucs qui m’accrochent, pour finir.
1. Comment est-ce que les lecteurs sont sensés partager, via l’éternel tandem Facebook/Twitter, les nouvelles d’intérêt, si le journal est payant? Les gens qui ne sont pas abonnés font quoi? Il y aura une partie du contenu disponible gratuitement, dira-t-on. Lequel? Certainement pas le meilleur, parce que dans ce cas-là, pourquoi payer? Le contenu de moindre qualité (ou alors celui d’agences, disons)? Alors quel intérêt à le partager? J’ai l’impression que ça sera les « nouvelles » insolites et les potins. Culture du journalisme de bas étage.
Non seulement ça, mais aussi, j’ai l’impression que les médias sociaux sont pluggés ici de force, sans penser à comment ou pourquoi ils seraient utilisés. Il y aurait sûrement un travail de session à faire dans un cours de communication là-dessus.
2. Je suis seul à trouver que The Daily, ce n’est vraiment pas inspiré comme nom? Je vois comment News Corp voulait un nom simple, élémentaire, un mot commun, mais qui en fait veut dire beaucoup plus. Mais je perçois surtout que c’est un mot banal. Même Daily News aurait été plus fort. Pas que j’y connaisse grand-chose, remarquez.
D’abord, il me faut établir quelque chose: je ne suis pas fin connaisseur de basket. C’est simplement que LeBronathon (ou LeBronacular ou LeBrongasm ou LeBronzilla) m’inspire. Je ne compte pas utiliser ce blogue pour ne parler que de lui, mais je trouve que c’est un cas fascinant, voilà tout.
La première fois qu’il a été question du fameux spécial d’une heure pour l’annonce de LeBron James, je n’ai vu qu’une seule réaction.
C’est ridicule.
C’est ridicule de produire une émission comme ça, pour une annonce de la sorte. LeBron James a beau être le roi du basket, c’est cultiver la célébrité, c’est enfler un égo déjà pas mal développé, etc, etc, etc.
Et pourtant, LeBron James avait parfaitement raison d’agir de la sorte. Et en fait, de faire son annonce autrement aurait été une erreur.
Comme le veux l’adage en publicité, “parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en”. LBJ a frappé le jackpot.
Tout le monde ne parlait que de ça.
Imaginez un instant que LeBron ait décidé de le faire comme tout le monde, c’est-à-dire laisser l’équipe qui l’a signé annoncer sa mise sous contrat par une bête conférence de presse. Ça aurait fait un (relativement) petit pouf. Les gens en auraient parlé, c’est évident. C’est LeBron James.
L’expression LeBrongasm est drôlement bien pensée. Ou du moins, elle s’applique bien à toute cette histoire. Après tant de préliminaires – qui ont commencé il y a deux ans quand les Nets et les Knicks ont fait de la place dans leur masse salariale, il fallait un feu d’artifice. Il fallait une finale digne de ce nom.
Certains pensaient (moi y compris) que James ne pouvait pas préparer un tel spectacle pour cracher au visage de sa ville natale, et signer “pour l’argent” (c’est toujours pour l’argent) ailleurs. Au contraire. Il devait agir comme il l’a fait, peu importe sa décision.
Il y aurait moyen de dire que selon cette logique, James n’avait en fait pas d’autre choix que de signer ailleurs. Après tout ça, revenir à Cleveland aurait déçu. Si hier, nous nous étions levés avec LBJ de retour avec les Cavs, personne n’aurait été renversé.
LeBron est tellement habitué à être sous une pression toujours grandissante, qu’il avait besoin de se trouver des projecteurs plus gros. Des microscopes plus puissants. Choisissez votre analogie.
Supposons un instant que LeBron était resté. Et qu’en 20 ans de carrière avec les Cavaliers, il aurait gagné six championnats. Il en soit devenu le propriétaire, ou le DG, ou l’entraîneur. Alors, les gens en auraient parlé sans doute plus que n’importe quel autre athlète, certainement de basket, peut-être athlète tout court. Ils en auraient parlé fort probablement plus, et plus longtemps qu’on parle de lui aujourd’hui, et pour les prochaines cinq années.
Mais non. LeBron James, trop impatient, devait avoir tout ça maintenant. Au prix que l’on connaît.
Remarquez que je dis tout ça en ne connaissant pas l’homme en question. Loin de là. Pour paraphraser un autre homme célèbre, je vous ai présenté ma théorie; une théorie qui correspond heureusement aux faits.
Au milieu de toute la folie entourant la signature de LeBron James à Miami, je me suis rappelé d’une de mes premières “vraies” expériences en tant que journaliste.
Je couvrais les Sénateurs d’Ottawa pour La Rotonde. À côté de moi se trouvait Jean St-Onge, de Radio-Canada (les Sens jouaient contre le Canadien). Intrigué par ce que je pouvais bien faire là, il me demande si je comptais devenir journaliste sportif, ou être un “vrai” journaliste.
J’ai bien rigolé à sa formulation, en expliquant que je voulais me garder des options, mais que j’aimais les sports.
Pourquoi?
À cause de journées comme aujourd’hui (ou hier, plutôt, il est passé minuit).
Le sport a une véritable valeur. Je travaille sur un argumentaire là-dessus depuis bien longtemps (et je n’ai pas encore fini), mais l’annonce de King James est pour moi la preuve de cette valeur incontestable.
C’est ironique, parce qu’en fait, hier soir, il n’y a eu aucune manifestation sportive comme telle. Peut-être est-ce que la valeur du sport se trouve au-delà de son expression elle-même.
Ce que le sport permet, c’est de rejoindre et de toucher les gens. Aussi kétenne que ça puisse peut-être sembler, c’est ma conviction, et l’annonce de King James en était la preuve ce soir. Tous ceux qui regardaient ont instantanément compris ce qui se passait.
Il y a moyen de résumer toute la situation à une phrase si simple, qu’elle n’a presque pas assez de poids.
LeBron James devait rester à Cleveland.
C’était lui l’enfant prodige. Le homeboy. Celui qui avait ramené l’espoir dans une ville au moral à la peine, celui qui devait pouvoir donner à Cleveland son championnat. Celui qui allait devenir le meilleur de tous les temps. D’autres ont mieux résumé la situation. À la limite, ce n’est pas ce qui est le plus important.
En quelques secondes (quand il a mentionné “gagner le plus vite possible”, c’était fini), il a achevé de se transformer. Il est passé de prodige à monstre. À défaut d’utiliser une formule qui sera dans tous les journaux du continent ce matin, il a brisé le coeur de tous les partisans de Cleveland. Et il s’est empêché de combler cette “destiné”. Mais ce n’est pas ça non plus le plus important.
C’est que ceux qui ont regardé l’émission ont instantanément compris ce qui se passait, fan de basket ou pas. Et se sont réjouis, ou ont pleuré la décision du roi.
Le reste aussi est fascinant. Surtout le proprio des Cavaliers qui vide son sac ici, et puis aussi ici.
Mais ce qui est encore plus fascinant, c’est qu’à partir de peu (parce que je ne viens pas de Cleveland, je ne connais personne là-bas, et je ne sais pas si j’y mettrai même jamais les pieds), beaucoup de gens ont vécu, ce soir, une expérience commune. Peu importe d’où ils peuvent venir. Peu importe l’âge, l’éducation, les opinions politiques.
Je me sens privilégié de dire que j’ai vécu les Jeux Olympiques de Vancouver, de près. Et pourtant, quelque part, l’annonce de LeBron James est venue me chercher. Peut-être encore plus.
C’est pour ça que, à mon humble avis, le sport mérite sa place.
Pris à Vancouver cette semaine.
